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La mentalité gagnante de Shamit Shome

Shamit Shome a complété son bac en génie en étant joueur pro

La semaine dernière, comme la majorité de la planète, j’ai regardé les deux derniers épisodes de The Last Dance sur Netflix.

Alors que j’en apprenais un peu plus sur la mentalité de Michael Jordan et sur les succès des Bulls de Chicago, quelque chose d’autre m’a frappé au courant de la série : être un athlète professionnel, c’est très demandant, d’un point de vue physique et psychologique.

En tant que personne qui a vu de ses propres yeux les heures travaillées et les nombreux sacrifices que ces joueurs doivent faire, je peux vous assurer que la vie d’un athlète, ça en prend du temps; il n’est pas simplement question de se présenter et de donner tes meilleurs efforts, tu dois t’assurer que chaque décision que tu prends contribue à ton bien-être mental et physique.

C’est un poste à temps plein, et encore plus.

Maintenant, imaginez-vous étudier en même temps à templs plein en génie à l’université. C’est ce que Shamit Shome faisait lors des cinq dernières années.

Il y a quelques semaines, le milieu de terrain de l’Impact a enfin complété son bac à l’Université Concordia, où il étudiait à temps plein depuis qu’il a rejoint l’Impact en 2017.

« Depuis que je suis jeune, c’est un sujet qui m’intéresse, a expliqué Shome. Mon père était ingénieur et je l’admirais beaucoup quand j’étais jeune. Je me suis dit que ce serait bien comme domaine d’études. Plusieurs membres de ma famille sont ingénieurs. C’est le sujet qui m’intéressait le plus de toutes les options disponibles. »

Avec l’école, l’horaire de Shome avait une certaine routine. Il s’entrainait avec la première équipe le matin avant de se déplacer au centre-ville pour des cours en après-midi ou en soirée. Malgré le fait qu’il devait manquer des cours de temps en temps en matinée ou lors de ses déplacements avec l’Impact, Shome a pu être présent à la majorité de ses classes, nonobstant les demandes d’un emploi à temps plein.

Quand il devait manquer un cours, on ne lui donnait pas de chance. La majorité des programmes de génie demandent une présence physique au cours; en cas d’absence, c’est à l’étudiant d’y mettre les bouchées doubles.

« Ce n’était pas évident, a admis Shome. Il faut que tu trouves le temps de bien faire les deux choses. Au bout du compte, il faut bien gérer son temps et être discipliné. Je me suis organisé d’une façon à bien faire les deux choses et j’ai souvent pris de l’avance sur mes travaux. »


Shamit était encore en Alberta lors de la première année de son programme, en même temps que sa première année en tant que joueur professionnel, avec le FC Edmonton. C’est aussi à ce moment qu’il a été approché par son futur agent, Nick Mavromaras, qui voulait le représenter. Nick s’est arrangé pour que Shome fasse partie de la poule de sélection du SuperDraft de la MLS en 2017, en étant un des premiers joueurs Generation adidas canadiens.

Mais avant que ça ne se concrétise, Shamit, ses parents et Nick ont discuté des avenues qui se présentaient à Shome pour qu’il puisse continuer ses études, un sujet qui a aussi été abordé avec la MLS lorsqu’il a été choisi par l’Impact.

« On lui a montré ses options pour les quatre années d’études qui lui restaient, mais honnêtement, il a accompli ça tout seul, dit Mavromaras. Les gens qui connaissent Shamit savent qu’il est humble, mais de pouvoir gérer la pression d’être un joueur professionnel avec les études en génie, il faut être ambitieux, concentré et fort mentalement. »

Sur le terrain, Shome a connu sa meilleure saison en 2019, se méritant 18 titularisations et neuf autres matchs comme substitut, confirmant tranquillement sa place en tant que pièce importante du jeune noyau de l’Impact. Il a réussi cela en complétant la dernière année de son bac, alors que les projets et les examens prennent encore plus d’importance.


« On était là pour le supporter mentalement du côté sportif, mais il a dû gérer l’école seul, a expliqué Mavromaras. Il a équilibré les deux. Il n’a jamais eu un moment d’hésitation. Quand il a commencé à avoir des minutes de jeu l’année dernière, il était tellement proche de finir ses études qu’on n’a jamais eu la discussion. »

Pour en ajouter un peu plus, Shamit a aussi appris le français depuis qu’il habite à Montréal. Et je ne veux pas dire apprendre le français pour demander le ballon ou commander un café. Je veux dire parler français, comme un vrai Montréalais.

« C’est mon caractère, explique Shome. J’essaie toujours de me dépasser, de repousser mes attentes et mes limites. C’est ce que je veux faire après le foot, lorsque j’aurai 35-40 ans. Je sais que ma carrière de joueur va se terminer un jour et je veux continuer de faire quelque chose que j’aime après tout ça. »

Une exception à la règle

Plusieurs athlètes font leurs études ces temps-ci, soit avant, durant, ou après leur carrière professionnelle. Ça reste tout de même l’exception plutôt que la règle et c’est encore plus rare de voir un athlète qui étudie à temps plein au beau milieu de sa carrière, surtout dans un programme difficile comme le génie.

L’année dernière, l’athlète québécois Laurent Duvernay-Tardif a fait les nouvelles autour du monde quand les Chiefs de Kansas City ont remporté le Super Bowl, après que le centre a obtenu son diplôme de la faculté de médecine de l’Université McGill en mai 2018. Il est devenu le premier médecin à remporter le prix ultime de la NFL.

« L’éducation est très importante pour ma famille, a renchéri le joueur de soccer canadien. Ça fait partie de comment j’ai été élevé. La culture sud-asiatique place beaucoup d’importance sur l’éducation et on y donne aussi beaucoup de valeur dans ma famille. C’est eux qui m’ont dit de poursuivre mes études après avoir rejoint la MLS. »

Shamit n’a pas hésité une seule seconde. Sa décision de poursuivre ses études malgré le fait d’être titulaire avec le FC Edmonton a peut-être été prise pour faire plaisir à ses parents au début, mais avec le temps, Shamit s’est rendu compte que ses études le passionnaient.

« Plus je commençais à prendre ça au sérieux, plus je réalisais que je suis bon là-dedans et je m’y suis intéressé de plus en plus, dit Shome. Maintenant que j’ai terminé, je réalise tout le plaisir que j’ai eu. Je suis très reconnaissant de cette expérience. »

Une convocation irrégulière

Avec la situation présente, c’est certainement un moment bizarre pour les diplômés cette année. Sous des circonstances normales, la cérémonie serait la prochaine étape, suivie par des célébrations avec des amis et de la famille provenant de partout dans le monde.

Mais Shome, comme tout le monde, est confiné dans son appartement, alors que la majorité de sa famille est en Alberta. Le seul contact de près qu’il a est avec ses coéquipiers, qui étaient parmi les premiers à apprendre la bonne nouvelle.

« Le gars nous a appelés la seconde qu’il a terminé son examen », a dit le gardien James Pantemis, l’un des meilleurs amis de Shome dans l’équipe.

Les deux ont tissé des liens à travers les années, chambrant ensemble et faisant la route jusqu’à Concordia ensemble, Shamit allant à ses cours de génie alors que James étudiait à la John Molson School of Business.

Shamit a aussi créé de bonnes relations avec les autres joueurs qui habitent dans le complexe d’appartements entre le Centre Nutrilait et Stade Saputo.

« Premièrement, c’est mon voisin, a dit le gardien Clément Diop. On est tout le temps ensemble. On court ensemble, on fait une deuxième séance l’après-midi, on joue aux cartes. Ça me fait plaisir qu’il a finalement terminé ses études. »

Diop, qui est avec le club depuis 2018, a formé des amitiés avec les autres jeunes joueurs du club, surtout Shome, pendant que les deux se battaient pour des minutes à leurs postes respectifs.

« Shamit, c’est un travailleur, explique Diop. Il travaille beaucoup, il a des objectifs, il fait tout pour pouvoir les accomplir. C’est un diplôme très difficile. Il montre qu’il est capable d’associer les deux. C’est assez exceptionnel. Ça en dit beaucoup sur son éthique de travail. »

Quand j’ai mentionné un retour potentiel à l’école, Shome a vite mis les freins, préférant prendre une année ou deux pour se concentrer seulement sur le foot avant de commencer à considérer un retour aux études. Mais il voudrait faire une maitrise en administration des affaires à un certain point.

Bref, si vous avez besoin d’un ingénieur, on connait quelqu’un de pas mal à l’Impact.

 

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