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À la découverte de Ballou Jean-Yves Tabla

Depuis des années, les supporters de l’Impact de Montréal espèrent voir un joueur formé au club devenir titulaire indiscutable. Ballou Jean-Yves Tabla, auteur de son premier but en MLS à Chicago le 1er avril dernier, au lendemain de son 18e anniversaire, a toutes les cartes en mains pour y parvenir.

Membre de l’équipe réserve qui évoluait en USL en 2016, Tabla s’est révélé aux yeux du grand public montréalais l’été dernier, quand il n’a eu besoin que de 25 minutes pour briller lors d’un match amical face à l’AS Rome. Quelques mois plus tard, en octobre plus précisément, il paraphait un contrat MLS de deux ans, devenant du coup le plus jeune joueur à signer en équipe première de l’Impact depuis que le club évolue en MLS.

S’il a fallu un peu de temps pour savoir comment l’appeler - sa préférence va à Ballou Tabla, et il est surnommé Ballou -, il ne mit en revanche pas longtemps à convaincre Mauro Biello de ses qualités. Dès la fin de la préparation, il était évident que dans la hiérarchie de l’entraîneur, il était juste derrière les titulaires qui avaient donné satisfaction en fin de saison dernière et étaient restés tous les onze.

Personne n’a donc été surpris de le voir monter au jeu lors des trois premières rencontres de la saison. Puis il a reçu sa chance dès le coup d’envoi lorsqu’il a fallu remplacer Ignacio Piatti, blessé, le 1er avril à Chicago. Tabla n’est pas passé à côté de l’occasion, marquant un but qui a permis à l’Impact de mener à la marque l’espace de quelques minutes, même s’il a finalement dû se contenter d’un nul 2-2. Au retour de Piatti, Tabla a d’abord retrouvé le banc, mais les supporters débattaient déjà de l’intérêt d’avoir les deux dribbleurs ensemble sur le terrain dès le début du match. C’est devenu une réalité depuis le 29 avril dernier et la venue de Vancouver au stade Saputo.

Des rues d’Abidjan à équipier de Drogba

« Il n’y a pas d’âge dans le soccer », répondait Tabla sans hésiter quand, avant le début de la saison, on lui demandait s’il était prêt à jouer régulièrement en équipe première.

En 2014, il est monté pour la première fois sur le devant de la scène nationale, étant élu joueur canadien de moins de 17 ans de l’année… alors qu’il avait 15 ans à peine. Quelques mois plus tard, ESPNFC faisait part de l’intérêt de clubs anglais à son égard. Les noms d’Arsenal, Manchester City et Chelsea ont été cités parmi d’autres.

Né le 31 mars 1999 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, Tabla est arrivé au Québec à l’âge de huit ans. Avant cela, il jouait déjà avec ses amis dans les rues ou les parcs de sa ville natale. Évidemment, chacun voulait incarner une vedette de l’équipe nationale ivoirienne. À commencer par Didier Drogba.

Pour ces enfants, le rêve était de rencontrer un jour leur idole. Tabla, lui, a été son coéquipier ! Les deux joueurs se sont en effet souvent côtoyés à l’entraînement avant que la légende du soccer africain ne quitte Montréal à la fin de la saison 2016.

« La première fois que j’ai vu Drogba à l’entraînement, j’ai commencé à pleurer. C’est quelqu’un de grand pour moi depuis ma naissance », a raconté Tabla aux médias l’an dernier.

Des liens se sont rapidement noués entre les deux joueurs. Comme beaucoup de vétérans de l’équipe, Drogba n’a pas été avare de conseils pour Tabla. Et la distance qui les sépare n’a pas nui à leur relation : une fois de retour à l’hôtel après le match à Chicago, le premier appel qu’il a reçu venait de Drogba, qui tenait à le féliciter pour son but.

Un dribbleur qui gagne en maturité

Comment définir le style de jeu de Tabla ? Il se décrit lui-même comme un joueur propre techniquement capable de jouer sur les deux ailes, avec une préférence pour le côté gauche. Tabla a aussi été essayé dans l’axe du milieu de terrain, mais il a expliqué sur TVA Sports qu’il préférait évoluer sur un flanc, où c’est moins compliqué pour lui de trouver des espaces.

Et ces espaces, il les aime : si aucun coéquipier n’est près de lui et qu’il voit reculer le défenseur qui lui fait face, Tabla n’hésite pas un instant à sortir son arme de prédilection, le dribble. Cependant, les jeunes dribbleurs de talent ont parfois du mal à effectuer le choix opportun entre se lancer au milieu des défenseurs ou profiter du fait qu’ils ont libéré un coéquipier pour lui passer le ballon. Si Tabla a conscience des problèmes qu’il pose à ses adversaires, même en MLS, il a toutefois aussi beaucoup mûri dans sa façon de jouer.

« Quand j’étais en Côte d’Ivoire, je dribblais. Et je dribblais. J’étais vraiment personnel ! Seul contre trois j’y allais, et si je pouvais passer, je passais », raconte-t-il. Il suffit de l’observer aujourd’hui pour se rendre compte de l’évolution.

Quand le jeune joueur est sur le terrain, tant ses entraîneurs que ses coéquipiers multiplient les directives. Tout le monde veut l’aider à accomplir le potentiel qu’il étale chaque jour à l’entraînement ! « J’aurais aimé pouvoir faire ça quand j’avais 17 ans », s’enthousiasmait ainsi Dominic Oduro plus tôt cette année.

Les joueurs d’expérience ne se privent pas quand ils ont un conseil à lui donner. Par exemple, à la mi-temps du match à Chicago, Patrice Bernier et Marco Donadel lui ont suggéré de tenter sa chance plus souvent. En fin de match, Tabla a vu un espace et, au lieu de s’y engouffrer et de dribbler, il a envoyé un tir qui a terminé sa course au fond des filets !

Conscients de l’engouement que provoque Tabla, ses partenaires se sont aussi donné pour mission de le protéger. « Faut être calme avec Ballou : c’est un jeune joueur, il ne faut pas lui mettre trop de pression et avoir des attentes trop élevées. Il a beaucoup de qualités pour son âge, est prédit à un grand avenir, mais il ne faut pas le brûler », insistait ainsi Laurent Ciman au micro de TVA Sports en février.

Quelle équipe nationale?

Après ses brillants débuts en MLS, Tabla pourrait bientôt monter sur la scène internationale. Mais avant cela, il devra faire face à un dilemme : si le Canada et la Côte d’Ivoire souhaitent faire appel à ses services, quel pays choisira-t-il ? Il a brillé en équipes nationales d’âge avec le Canada, mais désormais, le cœur peut parler et son rêve d’enfance peut devenir réalité. Et on ne tient même pas compte de la possible réflexion portant sur le pays qui lui offrirait la meilleure possibilité de briller sur la scène internationale…

Octavio Zambrano, le nouveau sélectionneur de l’équipe nationale canadienne, est parfaitement au courant de la situation, et compte convaincre Tabla de jouer pour le Canada dès que possible. « Tabla est un jeune que nous devons immédiatement amener en équipe nationale, a déclaré Zambrano lors de la baladodiffusion de RDS Loin de s’en foot. On ne peut plus attendre. C’est le pays qui lui a donné la chance de briller et de réussir. Évidemment, il est né en Côte d’Ivoire et il y a des attaches qu’on ne peut pas ignorer. Je ne veux pas lui mettre la pression. Il a ici une occasion en or qui ne pourrait pas se représenter avec un autre pays : à mes yeux, pour son avenir, jouer en équipe nationale canadienne serait bien plus avantageux. »

Mais avant d’effectuer ses débuts avec le pays de son choix, Tabla doit continuer d’être performant en MLS avec l’Impact de Montréal. La toute prochaine étape aura lieu ce samedi à 15h00 (direct TVA Sports) à l’occasion de la venue de Portland au stade Saputo.

 

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