Antoine_Article

Pour l’Impact, psychologie du sport et préparation mentale sont au cœur des résultats

MONTRÉAL – L’entraînement de l’Impact de Montréal est terminé. Tandis que les joueurs s’étirent et plaisantent, un entraîneur manipule son iPad en silence. Il y analyse l’information recueillie.

Un premier joueur se lève pour retourner au vestiaire. L’entraîneur s’empresse de le rattraper, iPad en main. Mais l’appareil est déjà éteint. Ce n’est pas un exposé tactique. Antoine Guldner veut seulement lui demander comment ça va.

Guldner est le préparateur mental de l’Impact, à la tête de l’approche montréalaise visant à dépasser le simple cadre des capacités physiques des joueurs.

Les athlètes de haut niveau reconnaissent l’outil formidable qu’est la préparation mentale. L’Impact se l’est approprié. Guldner, membre à temps plein du personnel d’entraîneurs du club, fait la navette entre la première équipe, qui cherche toujours à se démarquer en MLS, et l’Académie de l’Impact, où le concept est né.

« Maintenant, en psychologie du sport, on connaît les points en commun qui existent entre les joueurs qui atteignent le très haut niveau, explique Guldner en entrevue. Une des nuances importantes à avoir, c’est la nuance d’avoir confiance en soi – d’être capable de s’affirmer – tout en gardant une humilité nécessaire pour continuer à travailler, à se remettre en question. C’est une nuance très difficile à toucher chez les jeunes joueurs, mais ça peut s’apprendre.

« Une autre nuance très importante, poursuit-il, c’est la capacité de mettre de l’intensité, une dose d’agressivité importante pour jouer au plus haut niveau, tout en restant respectueux et en gérant ses émotions. C’est le type de choses que j’essaie de développer avec les jeunes du centre de formation. »

Guldner s’est joint au club en 2011 à titre d’entraîneur des U13 – un poste qu’il a cédé à un collègue en juillet 2014 – et préparateur mental. Lorsque Mauro Biello a succédé à Frank Klopas comme entraîneur-chef de la première équipe, en août 2015, il a invité Guldner à assumer de nouvelles responsabilités au sein de l’équipe MLS. Guldner est maintenant préparateur mental pour tout l’organigramme montréalais, un exemple de la continuité qui s’impose au club – tous les assistants de Biello ont déjà travaillé à l’Académie.

Le reste du personnel se charge de la formation tactique et technique au quotidien. Pendant ce temps, Guldner offre, avec du recul, une deuxième opinion. Il renforce les messages positifs et les méthodes efficaces que le personnel tente de favoriser au sein de l’effectif. On enseigne aux jeunes qu’à travers les impondérables du soccer, certaines choses peuvent être maîtrisées, des choses sur lesquelles ils peuvent se concentrer afin de demeurer forts et constants sur le plan mental.

Tourner la page rapidement sur des erreurs. Reconnaître que l’arbitre ne changera pas d’idée, même sous pression. Se concentrer sur ce qui est en jeu à l’instant même. Cette approche offre des avantages dont témoignent les résultats de l’Impact en USSDA, selon Guldner. Les équipes U16 et U18 se sont qualifiées pour la phase finale deux ans après leur arrivée dans la ligue, en 2014. Les U18 ont terminé au quatrième rang de la phase finale 2015. Les deux équipes avaient acquis la confiance nécessaire pour se lancer dans le vide dans le but d’atteindre ses objectifs.

De plus, en inculquant clairement aux joueurs les principes de jeu, leurs rôles et leurs responsabilités, tout le personnel favorise chez eux l’acquisition de compétences de gestion du stress et des émotions. La force mentale est un produit de la compréhension des joueurs en ce qui a trait au système et à leur rôle.

« On a besoin de la rétroaction du joueur, soutient Guldner. En travaillant sur la capacité des joueurs à réagir au moment où on perd la balle, on reste en permanence connecté sur le jeu. On n’a pas ce moment de déconcentration où on se déconnecte de ce qui se passe. On va tout de suite en action. […] Ce sont des choses qui parlent aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et aux joueurs, qu’ils peuvent mettre en application.

Avec la première équipe, les méthodes changent quelque peu. Soit ces qualités sont innées chez les professionnels, soit ils les ont acquises en route vers les plus hauts sommets. L’idée est qu’un membre du personnel dont la formation est différente offre un autre point de vue qui repose sur de la psychologie du sport. Les joueurs savent optimiser leur rendement, mais l’encadrement mental les aide à gérer la charge de travail et le stress. Il leur rappelle ce qui compte vraiment. L’accent est mis sur les gestes efficaces, afin que les joueurs répètent ces gestes naturellement.

Malgré tout, l’embauche d’un préparateur mental à temps plein demeure inhabituelle dans le monde du soccer, selon Guldner. S’il est vrai que la profession a évolué au cours de la dernière décennie, elle demeure un concept relativement nouveau.

Joueur de haut niveau en France, Guldner a été formé en enseignement du sport, préparation mentale et coaching de la performance sportive à l’Université de Montpellier-1. Son programme est né lorsqu’un psychologue et ancien athlète s’est rendu compte que former des psychologues pour travailler en sport professionnel n’était pas la meilleure option et qu’il était plutôt préférable de former des athlètes en psychologie sportive. Ces derniers auraient une meilleure compréhension des réalités du domaine.

Le milieu de terrain Jérémy Gagnon-Laparé, qui a travaillé avec Guldner tant à l’Académie qu’avec la première équipe, reconnaît que ces méthodes peuvent sembler simples, mais il martèle qu’elles permettent de mettre le doigt sur ce qui fonctionne bien dans certaines situations.

« À la fin de l’entraînement, il vient te voir, il te demande si tu vas bien, indique Gagnon-Laparé. Tu lui réponds que tu as fait un bon entraînement, et on en parle un peu, on se demande pourquoi ça s’est bien passé. Ce sont des choses simples, de bonnes analyses. Il peut avoir ciblé des choses simples, ce que tu as fait avant l’entraînement, un petit travail technique à part qui t’a mis dedans. »

L’objectif, pour Guldner, est que cet état d’esprit se traduise en résultats sur le terrain.

Suivez @olitremblay