ciman et fille

La famille avant tout

« Ciman! Ciman! Ciman! »

Le Stade Saputo en entier qui scande spontanément le nom d’un joueur : voilà qui est rare. Samedi dernier, fort d’une performance majestueuse dans une victoire de 2-0 contre Orlando City, Laurent Ciman a mérité cet honneur.

Mais un autre chant a préséance dans son cœur : ses enfants qui crient « Papa! Papa! Papa! »

« Même si ça me fait plaisir, dans un stade, d’entendre ça – ça montre vraiment qu’il y a de la reconnaissance ici, ça fait vraiment plaisir et ça donne encore plus envie de me battre et de donner le meilleur de moi-même –, ma famille passe avant tout », reconnaît Ciman, en entrevue à MLSsoccer.com.

À 29 ans, dans une forme optimale, Ciman mérite qu’on chante son nom. Mais il mérite encore davantage qu’on salue ses qualités de père, pour lesquelles les partisans de l’Impact doivent être reconnaissants. Si Ciman était un père médiocre, il ne serait pas ici aujourd’hui.

S’il est vrai qu’il a trouvé un bon défi professionnel à Montréal, Ciman est d’abord et avant tout venu ici pour sa fille Nina, âgée de cinq ans, qui est autiste. Dans leur Belgique natale, les Ciman peinaient à trouver le soutien le plus fondamental pour elle.

L’épouse de Laurent, Diana, était à la recherche des meilleurs soins pour Nina. Le Canada revenait toujours. Les Ciman croyaient qu’ils pourraient toujours migrer vers l’Amérique après la carrière de Laurent, mais une occasion s’est présentée plus tôt que prévu. En janvier dernier, un coéquipier de Ciman au Standard de Liège, Yohann Thuram-Ulien, lui a parlé d’un agent installé à Montréal, Jean Russo, qui croyait que Ciman pourrait aider à renforcer la défense montréalaise.

« Je pense que ça s’est fait en deux semaines », soutient Ciman.

Deux semaines pour un saut vers l’inconnu que le papa, et non le joueur, a décidé de faire.

Le choix de carrière de Ciman a offert à Nina le soutien idéal, mais tout aurait pu être bien différent. L’ambition du père de famille – atteindre la D1 belge – s’est arrêtée net pendant son adolescence, lorsqu’il jouait dans les équipes de jeunes du Royal Charleroi Sporting Club. On sentait alors qu’il n’était pas assez bon – pas encore, du moins.

« À partir du moment où [le soccer] est devenu plus sérieux, je suis allé voir le directeur technique, qui m’a dit “Écoute, en D1, t’as pas le niveau. Ça va être compliqué pour toi”, se rappelle Ciman. Donc, je suis parti en division 3. »

Ciman a rejoint l’Olympic Charleroi. Son père l’a conduit un peu partout. Le jeune s’est fait à l’idée : il jouerait en troisième division. Le séjour à l’Olympic a duré trois ans.

Entre-temps, le Sporting Charleroi a tout changé, du président jusqu’à l’entraîneur en passant par – heureusement – le directeur technique. Ciman a pu y retourner; avant d’avoir 20 ans, il faisait ses débuts en équipe première.

Bruges l’a ensuite recruté, en 2004. Ce séjour malheureux s’est néanmoins traduit par la plus grande occasion de la carrière de Ciman : un prêt à Courtrai.

« Je suis tombé sur un entraîneur, Georges Leekens, qui m’a vraiment relancé. Il m’a offert les clés de l’équipe nationale, puisqu’il a été sélectionneur après. Il m’a appelé et m’a fait jouer au poste d’arrière droit, où je me suis bien débrouillé. J’ai fait de vraiment bons matchs. »

Ses performances à Courtrai lui ont ouvert les portes du Standard, qui l’a embauché en 2010. Gagnant de la Coupe de Belgique l’année suivante, Ciman a charmé Sclessin avec son dévouement, son leadership et sa constance. Le Standard est devenu sa demeure. Le Standard savait aussi qu’il ne voulait pas s’en aller – la reprise de volée qui a ouvert la marque à son dernier match contre le rival d’Anderlecht en est la preuve.

« Mais je devais partir pour ma fille, tout simplement. »

Ciman a quitté le Standard sur une bonne note. Il est arrivé à Montréal de la même façon. Deux jours après ses prouesses dans le derby, il a rejoint ses nouveaux coéquipiers en pleine préparation pour les quarts de finale de la Ligue des champions de la CONCACAF, un tournoi qu’il ne comprenait pas trop au départ. Mais coéquipiers et partisans ont eu tôt fait de lui expliquer son importance. Il s’est donc retrouvé à Pachuca, au Mexique, le 24 février dernier, à faire une si bonne impression que des adversaires ont tenté de le faire sortir de ses gonds en fin de rencontre.

Pachuca, Alajuelense et Club América ont gardé Ciman occupé chaque minute de chaque match. Y avait-il un meilleur moyen de montrer au sélectionneur belge, Marc Wilmots, qu’il devait toujours être pris en considération pour l’équipe même s’il avait quitté le pays? Wilmots a rappelé Ciman en mars, pour des matchs de qualification de l’Euro 2016 contre Chypre et Israël, entre les deux manches de la demi-finale de la Ligue des champions.

Maintenant que l’Impact a trouvé son rythme en championnat, Ciman croit qu’il peut demeurer dans les plans de Wilmots, puisqu’il juge que la MLS est au moins au même niveau que le championnat belge.

L’objectif de Ciman en équipe nationale est clair : l’Euro 2016. Après que la Belgique se soit rendue en quarts de finale de la dernière Coupe du monde de la FIFA – où Ciman s’est rendu sans jouer –, les Diables devraient se qualifier aisément pour le tournoi et pourraient aspirer au titre l’été prochain en France.

La plupart des internationaux belges actuels sont au sommet de leur art : la Premier League, la Serie A, la Liga. Le temps n’est pas encore venu de les inviter à plonger dans le soccer nord-américain, mais certains copains de Ciman – Jan Verthongen, Mousa Dembélé et Nacer Chadli – vont bientôt avoir un avant-goût de la MLS, lorsque Tottenham Hotspur se mesurera aux meilleurs du championnat dans le Match des étoiles AT&T, le 29 juillet à Commerce City, au Colorado.

Ciman aimerait y être. S’il continue à jouer ainsi, il peut y songer.

« C’est le défi, et le fait de dire qu’on fait vraiment de bons matchs pour le moment, explique Ciman. Ça se passe bien pour moi. Ce serait une reconnaissance par rapport au travail que j’ai apporté. Pour l’équipe nationale, ce n’est pas mal, aussi. C’est une vitrine. Ça me permettrait de me faire voir encore plus. »

Voilà le seul objectif personnel de Ciman en MLS : rester dans le giron de l’équipe belge en jouant bien pour un Impact qui vise la Coupe MLS. Autrement, ses buts demeurent liés à sa famille, qu’il n’a fondée qu’après des efforts soutenus.

Les chemins des Ciman se sont d’abord croisés à l’école, lorsque Laurent avait 13 ans et Diana, 16 ans. Les premiers véritables contacts sont venus six ans plus tard, lorsque la sœur de Laurent lui a présenté Diana pour lui changer les idées de sa précédente relation.

Mission accomplie : coup de foudre pour lui.

« Elle ne s’intéressait pas à moi parce que j’étais plus petit, se souvient Ciman en souriant. J’ai galéré six mois pour lui faire comprendre que je la voulais, elle, pas une autre. Je n’ai pas lâché. Ç’a porté ses fruits. On s’est mariés et on a eu deux enfants. »

L’aventure montréalaise a renforcé les liens qui unissent le couple, qui vit pour sa famille. Leur fille, Nina, est heureuse et prise en charge. Le fils du couple, Achille, a 18 mois, est heureux et déplace de l’air. La transition s’est faite aisément.

« Ma femme a bien géré tout ça, souligne Ciman. Elle s’est vraiment démenée, cassée en mille morceaux pour trouver des solutions pour ma petite fille. Et la petite fait de superbes progrès. On voit qu’elle est épanouie ici. Elle est heureuse quand ses parents s’aiment et sont heureux. Quand tu as un enfant qui a des problèmes comme ça, soit ton couple éclate, soit il est encore plus fort. Et nous, la chance qu’on a, c’est qu’on s’aime encore plus. »

Pendant que Laurent brille sur le terrain, Diana trouve elle aussi sa place à Montréal. Dès septembre, elle suivra des cours universitaires qui l’aideront à combler l’écart entre la Belgique et le Canada en ce qui a trait au soutien offert aux enfants autistes.

« On veut rentrer en Belgique et aider les Belges, essayer de faire une fondation, faire quelque chose en Belgique pour aider les gens qui sont restés là-bas. »

Pour l’instant, les Ciman se plaisent au Québec, où on les a accueillis chaleureusement. Mais Laurent est du type casanier.

« Notre kiff chez nous, en Belgique, avec ma femme, c’était de faire des barbecues à la maison avec les amis et la famille, précise Ciman. Ici, je ne peux pas le faire parce que je suis tout seul. Ils viennent, il y a des allers-retours, mais je pense que des amis, ça ne se fait pas en un an, deux ans, trois ans. »

Et pourtant, si on peut se fier à samedi dernier, des milliers de Montréalais n’attendent que ça, savourer un burger et une bière chez les Ciman. Tout seul, vraiment?

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