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Montréal vs Toronto représente bien plus qu'un match de soccer: l'histoire, la culture, la politique et la fierté en jeu

Adam Braz, gérant d’équipe de l’Impact de Montréal et ancien joueur du Toronto FC lors de leur saison inaugurale, en 2007, propose une théorie intéressante sur les relations entre Toronto et Montréal : « Si on demande à un Montréalais s’il aime Toronto, il répondra “non”. Il ne donnera pas nécessairement ses raisons, mais c‘est non. Et le même principe s’applique aux Torontois. »

En somme, les Montréalais et les Torontois ont leurs raisons, mais ils jugent qu’il est inutile de les approfondir. Mais lorsqu’on leur demande de préciser leur pensée, ils ont une bonne idée de comment l’exprimer, comme MLSsoccer.com a pu le constater auprès de représentants du Toronto FC et de l’Impact de Montréal avant leur match de ce samedi au Stade olympique (16 heures, HE, RDS/TSN au Canada, MLS LIVE aux États-Unis) dans le cadre de la Semaine des rivalités.

MONTREAL vs. TORONTO: Un nouveau record sera établi

Faits saillants: Montréal vs. Toronto, 7 avril 2012

Les populations de Toronto et de Montréal, soit 2 615 060 et 1 649 519 personnes respectivement, font de ces villes les plus grandes au Canada. Une grande ville brasse généralement de grosses affaires, et les Torontois acceptent volontiers cette prémisse.

« Toronto est une ville bouillonnante, axée sur les affaires, tandis que Montréal est plus décontractée, explique l’Ontarien Adrian Serioux, ancien défenseur du TFC, en entrevue à MLSsoccer.com. Je crois que les Montréalais apprécient cette ambiance détendue et que ça explique qu’ils n’aiment pas vraiment Toronto. »

Toronto, pour la plupart des autres Canadiens, revêt un caractère digne d’une grande ville américaine comme Chicago ou New York. Tout va vite et le coût de la vie est élevé, mais la diversité de ses habitants l’enrichit. Mais si les Torontois se plaisent à taquiner les résidents de Montréal, qui ont la réputation de prendre leur temps, la plupart d’entre eux aiment néanmoins tremper dans la culture, l’architecture et l’ambiance de la métropole québécoise lorsqu’ils la visitent.

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« Montréal, c’est une ville plus européenne, plus relaxe, plus joie de vivre à l’européenne », selon le milieu de terrain québécois Patrice Bernier.

Pour les Torontois, une visite à Montréal, c’est également l’occasion de rafraîchir leurs connaissances sur la langue de Molière, particulièrement au stade puisque la presque totalité des chants des partisans montréalais sont en français.

Faits saillants: Montréal vs. Toronto, 27 juin 2012

Le Québec moderne est une société unique en Amérique du Nord puisqu’il est demeuré principalement francophone. Selon le Recensement du Canada 2011, 72,8 % des Québécois et 56,5 % des Montréalais parlent uniquement le français à la maison. Sans surprise, la statistique sur la langue anglaise est semblable à Toronto (55,0 %).

« C’est certain que la langue est un grand enjeu à Montréal et au Québec, affirme Adam Braz. Le fait français rend les Montréalais et les Québécois très fiers, et c’est très important pour eux de se reconnaître ainsi. »

Et comme la plupart des Espagnols se reconnaissent, dans une certaine mesure, avec le Real Madrid ou avec Barcelone, la rivalité Maple Leafs-Canadien, dans la LNH, polarise l’opinion non seulement à Toronto et à Montréal, mais également dans le Canada tout entier.

C’est en 1938 que le Canadien est devenu la seule équipe professionnelle active de hockey à Montréal, où on en comptait plusieurs dans les premières années d’histoire de ce sport. Depuis, la ville entière est derrière les Habs lorsqu’ils se frottent aux Maple Leafs, qui sont demeurés la seule autre équipe canadienne de 1938 à 1970. Cette rivalité sur glace exprime le sentiment de fierté des deux villes, et certaines de ses caractéristiques se transposent sur le terrain de soccer.

Faits saillants: Toronto vs. Montréal, 20 oct. 2012

« Quand il y a des matchs, les gens de Toronto envoient un peu promener les gens de Montréal, les deux villes se narguent, rappelle Patrice Bernier, qui est un passionné de hockey. C’est une rivalité des six équipes originales, ça vient de très loin, et en plus, il y a l’histoire des deux villes, les langues et tout. »

La langue et l’identité nationale sont des sujets perpétuels au Québec. L’élection générale de l’automne dernier, qui a fait le tour du monde en raison de la tentative d’assassinat sur la première ministre élue, Pauline Marois, a ramené au pouvoir le Parti québécois, qui a déjà perdu deux référendums sur la séparation du Québec avec le Canada.

Toutefois, son statut minoritaire empêche en pratique la tenue d’un troisième référendum, qui contredirait une motion adoptée en 2006 à la Chambre des communes du Canada, qui stipule que les Québécois sont une nation « au sein d’un Canada uni ».

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« Tout cela repose probablement sur la rivalité Leafs-Canadiens, mais c’est également l’anglais et le français, l’Ontario et le Québec, suggère Paul Beirne, directeur principal des activités commerciales du Toronto FC. Tout cela remonte à des générations, aux conflits entre le Haut-Canada et le Bas-Canada de l’époque.

“Comme de vrais Canadiens, nous sommes amis quand nous avons besoin de l’être.”

Et ce samedi, pendant 90 minutes, ce ne sera pas le cas.

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